Biographie

Rassurez-vous, l’autodérision existe

Jean Rebuffat coule actuellement des jours heureux partagés entre la Belgique, la France et le Luxembourg, ce qui n’est rien par rapport à ses origines ethniques encore bien plus compliquées (et ne parlons pas de son enfance hollandaise).

Durant trente-huit ans, il a été journaliste au « Soir » dit de Bruxelles où il a pratiquement épuisé les chefs de tous les services avant d’en devenir un lui-même, bien fait pour lui: tour à tour (et parfois en même temps) journaliste sportif, chroniqueur judiciaire, chroniqueur automobile, chroniqueur gastronomique, chroniqueur télé, chroniqueur tout court, etc., il a touché à tout avec un égal bonheur (le sien, pas ceux de ses chefs, faut-il vous le répéter?). Ce spécialiste du billet d’humeur détestait écrire des éditoriaux, pensant que la pensée d’un journaliste ne pesait pas plus que la pensée d’un citoyen et que c’est en le faisant sourire qu’on le ferait réfléchir, ce citoyen, plutôt qu’en lui assénant un avis définitif (que les faits démentiraient de toute façon très vite). Il s’est souvent caché sous divers pseudonymes et ce n’est pas fini… Eh oui, jadis, il fut Paul Cantonneau, Joker, Ulysse ou Thomas Villers; maintenant encore, même sur les réseaux sociaux, il se cache parfois sous diverses identités, mais à vous de les trouver.

Placardisé à maintes reprises, la dernière fois alors qu’il était chef du bureau de Bruxelles, on l’a enfermé dans un réduit sans ordinateur en lui disant: « Mets le journal sur l’internet ». C’est ainsi qu’est né « Le Soir en ligne » qu’il a dirigé jusqu’à sa mise à la retraite, largement anticipée (prouvant par là son sens de l’histoire et l’infaillibilité de son flair).

Il a également consacré une part importante de lui-même aux études, tantôt en étudiant, tantôt en enseignant. Il aime apprendre, il aime apprendre (aux autres) et cite volontiers un tic de sa génération soixante-huitarde comme une profonde vérité: « Je ne veux pas mourir idiot ». Il aimerait bien que le monde fasse pareil. On n’est pas sûr qu’ils y arrivent l’un et l’autre.

Depuis qu’il est retraité, l’homme, sous le vague prétexte qu’il aime écrire et que c’est même la raison pour laquelle il est devenu journaliste sans imaginer qu’il finirait patron de start-up, l’homme, disais-je, écrit. Il a publié un recueil de poésie chez Jacques André éditeur, « L’Heure du bouclage », et aux Presses Universitaires de Bruxelles, « Testament journalistique », à la fois leçon de journalisme par l’exemple et ensemble de billets écrits en 2016. Il est l’une des chevilles ouvrières du site Entre les lignes. Il y écrit souvent des éditoriaux, ce qui est bien la preuve qu’on peut changer.

L’homme a beaucoup d’enfants et de petits-enfants dont il est très fier mais ça ne vous regarde pas, au fond, pas plus que sa vie privée, un véritable roman, mais nous n’avons pas le temps; disons que pour l’instant, il termine la présente biographie de Jean Rebuffat, partant du principe qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Fatigué par ce louable effort, il abrège donc mais il devrait encore vous dire qu’il aime les gens, le football (allez les Bleus!), les livres, la mer, le whisky, le vin et la cuisine, et pour ce qui concerne ses opinions philosophiques, vous devinerez, ce n’est pas trop compliqué. Il a horreur des chemises au col serrant (normal, il a un gros cou), des fautes d’orthographe et de la grammaire. Il hait, il déteste, il abhorre, il vomit plein de choses mais comme il est bien élevé, vous ne saurez pas lesquelles (enfin, un peu, si vous le lisez). Ses figures de style préférées sont la métaphore et l’oxymore, avec des faiblesses passagères pour l’épanorthose, le calembour, le métaplasme (aphérèse et apocope sont des prénoms, métaplasme est notre nom de famille), l’homéotéleute et l’épitrochasme. Car il est fort en grammaire, ce n’est pas le moindre de ses paradoxes.

Je l’aime bien, au fond (je parle de moi, une fois encore). Mais il est parfois insupportable, vous voilà prévenus.